I. Le voyage avant le raid : du Kirghizstan au Xinjiang. Du premier au quatrième jour.



Après de longs mois d’attente et de préparation méticuleuse, le grand jour finit par arriver. Nous décollons le vendredi 22 juin pour Londres. Nous nous envolons ensuite pour Bichkek, la capitale du Kirghizstan. Après l’escale à Tbilissi, qui est (comme chacun sait…) la capitale de la Géorgie, nous ne sommes plus qu’une vingtaine de passagers dans l’avion.


Thibaud Coudriou, Thomas Thiriez et moi à l'aéroport

Premier jour : de grandes désillusions en signe de bienvenue.

Nous sortons de l’avion fatigués mais très excités à l’idée d’être enfin arrivés au point de départ de notre périple. En ce qui me concerne, je suis légèrement angoissé à l’idée de ne pas retrouver tous nos bagages de soute. Après le contrôle des passeports commence la terrible attente des bagages. Nous sommes alors tous inquiets, mais nous ne tardons pas à récupérer la quasi-totalité de nos bagages. Il ne manque plus que le vélo. Le tapis roulant s’arrête, le vélo n’est pas là. Nous interrogeons donc un employé de l’aéroport. Sa réponse est immédiate et posée : « il arrivera peut-être après demain avec le prochain vol ». Thibaud entame la procédure de réclamation, puis nous quittons enfin l’aéroport. Une foule de porteurs nous tombe dessus et cherche à nous prendre de force nos bagages pour nous demander ensuite 20 $ de pourboire. Nous n’avons d’autres choix que de faire affaire avec le premier taxi, pour la somme abusive de 20 €.

Nous sommes tout de même soulagés d’avoir échappé à l’arnaque des porteurs et à l’arnaque qui consiste à prendre deux taxis sous prétexte que la police interdit que les taxis soient trop chargés. Malheureusement, après quelques kilomètres, les chauffeurs s’arrêtent en pleine campagne : ils nous demandent 60 €, soit 20 € chacun, tout de suite… Le tarif normal pour cette course est de 7 $ quel que soit le nombre de passagers. Nous obtenons d’eux de ne les payer qu’une fois arrivés en espérant que notre hôte nous tire de cette situation. Malheureusement, notre hôte ne parle que russe et les chauffeurs refusent de sortir les bagages du coffre tant que nous n’avons pas payé la somme demandée. Nous tentons une ultime fois de négocier, mais nous sommes contraints de payer la somme demandée ou presque : 60 $.

Smaïl, notre correspondant français, nous conduit aux bureaux de British Airways pour le problème du vélo. Après des heures au téléphone, nous apprenons que certains bagages ont plusieurs semaines de retard et que les vélos arrivent systématiquement très longtemps après les passagers. Nous décidons néanmoins de rester un jour de plus à Bichkek pour attendre le prochain avion.

A la sortie de l’agence, je demande à un jeune Russe où changer de l’argent. Il nous emmène vers un bureau de change et nous faisons ensuite connaissance. Il est fort sympathique et nous propose son aide pour toutes nos tâches de la journée. Nous hésitons un peu à le suivre d’autant plus qu’il ne semble pas tout à fait remis de sa soirée arrosée de la veille. Puis il gagne notre confiance et nous aide tout au long de l’après-midi. Il s’appelle Timor et travaillerait dans la vente de minerais tels que l’or…

Nous nous promenons ensuite en ville. L’architecture et les grandes statues nous rappellent que nous sommes en ex-URSS. La fatigue du voyage, le décalage horaire et la chaleur nous ramènent à notre maison d’hôtes, loin des plans nocturnes douteux du sympathique Timor.




Deuxième jour : à la montagne !

Nous partons de bonne heure pour une marche en montagne d'environ huit heures, activité idéale pour commencer notre acclimatation. L'endroit s'appelle Ala Archa. Nous partons avec deux futurs guides, désireux de pratiquer le français. L’altitude de départ est de 2100 m. Nous montons d’abord dans la verdure puis sur une moraine très pentue, jusqu'à arriver au pied d'un glacier. Nous sommes alors à 3 300 m d’altitude et le manque d’oxygène se ressent. C'est ici que se trouve le camp où les alpinistes passent la nuit avant de gravir le pic Korona. Cette marche nous donne l'occasion de nous familiariser avec les changements de météo intempestifs : du ciel bleu à la pluie, d’une température supérieure a 25° C à une température frôlant les 10° C, le tout en une demi-heure.






A l’issue de cette longue journée, Thomas et moi décidons de sortir nos rollers pour la première fois du voyage. Nous partons ainsi patiner dans la capitale, expérience unique. Certes, on nous regarde comme si nous étions des extraterrestres. Mais c'est aussi un peu le cas en France. En revanche, la quasi-anarchie qui règne sur ces routes (voitures, bus, vaches, piétons, charrettes...) rend notre présence presque normale ! Sauf peut-être lorsque nous déboulons à plus de 30 km/h sur la Grande Place dominée par une immense statue et de grands bâtiments de l'époque soviétique.




Troisième jour : sur les routes kirghizes.

Le vélo de Thibaud n’est pas arrivé avec l’avion de ce matin. La matinée est donc consacrée à l’achat d’un nouveau vélo. Ce sera un VTT Giant tout à fait acceptable bien que plus lourd et moins performant que le vélo perdu. C’est en fin de matinée que nous quittons Bichkek en direction de la Chine. Notre chauffeur s’appelle Bolot. Il est kirghiz, anglophone, sympathique, chauffeur, titulaire d’un diplôme de géologie reconnu en Russie, et président d’une association de conservation du patrimoine culturel kirghiz.

Nous déjeunons à la buvette d’une station balnéaire située aux environs de Balykchy. C’est un endroit plutôt atypique. On est bien sur une plage de sable fin. Il y a bien des pédalos, un ponton pour plonger, et des baigneurs. L’eau s’étend jusqu’à la ligne d’horizon au sud-ouest. Cependant, la plage côtoie les installations rouillées d’un vieux combinat soviétique. Au sud-est, on peut voir des sommets enneigés. Nous sommes en en fait au bord du lac Issyk Kul. C’est un des plus grands lacs de montagne du monde. A 1 620 m d’altitude, il mesure en effet 200 km d’est en ouest. Sa profondeur atteint 702 m, si bien que les soviétiques y essayaient des sous-marins.



Les montagnes et les steppes que nous traversons sont grandioses. Nous franchissons plusieurs cols de plus de 3 000 m au milieu de montagnes rouges comme la terre du Grand Canyon ou vertes comme un green de golf. Entre les cols, nous roulons des heures sur de longues pistes qui s'étendent dans la steppe jusqu'à rencontrer une nouvelle chaîne de montagnes aux cimes enneigées. Pendant plusieurs kilomètres, la route se confond avec une ancienne piste d’aviation de l’ère soviétique. Au milieu de ces steppes et dans les vallées montagnardes, on peut apercevoir des troupeaux et des animaux sauvages : aigles, marmottes himalayennes... Ces dernières se distinguent des marmottes alpines par leur corpulence et leur couleur nettement plus claire. Au loin, il est fréquent de distinguer la silhouette de l’un de ces cavaliers kirghizes qui sillonnent les steppes.

Nous passons notre première nuit sous la tente au beau milieu d’un campement de yourtes, à 3 000 m d’altitude. La nuit est très froide.



Quatrième jour : du travail pour nos passeports…

A l’heure du réveil, un paysage magique se révèle au fur et à mesure que la tente s’ouvre. Nous reprenons la route pour le col du Torugart, frontière entre le Kirghizstan et la Chine, à 3 750 m d’altitude. Conformément à sa réputation, cette frontière demande beaucoup de patience au voyageur étranger qui souhaite la franchir. Le premier checkpoint se dresse à 60 km du col : les passeports et les visas y sont contrôlés pendant une bonne vingtaine de minutes. Nous poursuivons la piste qui s'élève dans les montagnes à côté d'une haute palissade de barbelés électrifiés. Cette clôture longe toute l’ex-frontière de l’URSS. Une quinzaine de kilomètres avant le col commence une longue file d'attente au milieu des poids lourds chinois. Arrivés au check point, nos passeports sont contrôlés une nouvelle fois.


Puis les militaires nous font descendre du véhicule et nous conduisent dans un imposant édifice particulièrement glauque. Nous traversons de grandes salles vides, sombres, désertes hormis des gravats ici et là. L’endroit est froid aux deux sens du terme. Il fait une dizaine de degrés dehors, il n’y a pas de chauffage. Dans une petite pièce, un militaire nous enjoint de remplir des formulaires. Il contrôle lui aussi nos passeports. Puis nous sommes emmenés dans un long couloir ou un autre officier contrôle nos passeports pendant de longues minutes. On nous demande ensuite d'attendre sur un banc sans nous donner plus d'explications. Un militaire vient nous tenir compagnie. Puis la voiture est fouillée et nous pouvons repartir, après qu’un militaire a contrôlé que nos passeports ont bien été contrôlés.

Pas moins de quarante-cinq minutes de piste sont nécessaires pour arriver à la frontière du Torugart proprement dite. Nous devons décharger la voiture. Bolot doit nous quitter tandis qu’une voiture chinoise nous récupère de l’autre cote de la barrière. Entre les deux, un contrôle de passeports s’impose, bien entendu. Et nous voilà en Chine ! Je suis quelque peu ému en foulant à nouveau le sol chinois sur lequel j’ai vécu trois ans. Il y a huit ans, je quittais Pékin et n’y suis pas revenu depuis.



Après vingt minutes, des militaires chinois sûrement plus jeunes que nous contrôlent nos passeports et nos bagages. L’un d’eux prend l'air inquiet en voyant ma carte routière. Il me demande de la manière la plus naturelle : « dites-moi dans quel pays se trouve Taiwan ! » Je réponds que c'est en Chine et nous pouvons poursuivre notre route. Une heure plus tard, nous arrivons aux douanes chinoises. On nous fait remplir des formulaires, on nous photographie, on fouille nos bagages et on contrôle nos passeports ! L’accumulation injustifiée de formalités abusives devient insupportable. Ces gens là vivent encore à l’heure des régimes communistes liberticides, ils n’ont pas compris qu’il fallait désormais tendre vers la liberté de circuler et d’échanger. A moins que toutes ces précautions ne soient mises en œuvre pour décourager les trafiquants et les terroristes. Mais là nous sommes enfin libres.

La route qui mène à Kachgar est magnifique : bitume noir de grande qualité, belle ligne jaune au milieu. Autour, c'est un désert de dunes et de canyons rougeâtres. Le chauffeur me laisse patiner quelques kilomètres. J'ai l’impression de patiner sur la planète Mars sur une route d'excellente qualité. Seule différence notable, il fait près de 35°C ! Adil, notre futur guide, s’amuse de me voir « skier » sur la route. Apres la visite de la pagode Mor, sorte de grand stupa de boue séchée érigée au IXème siècle au milieu de ce désert, nous arrivons a Kachgar où nous dînons copieusement au Chini Bagh, restaurant installé dans l'ancien consulat britannique.



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2 commentaires:

Anonyme a dit…

Je suis passé par Torugart en 1999 ou 2000, après un arrêt à Naryn et une nuit à Tash-Rabat, je vois que les formalités à la frontière n'ont pas beaucoup changé. A la descente côté chinois, on a passé un premier poste de contrôle où ils ont tout fouillé longuement, puis un second dans la vallée, très bien organisé et apparemment surdimensionné (c'était la veille du marché de Kashgar et il n'y avait que quelques camions de marchands).
La route de la descente a du être refaite.
Et à Kashgar j'avais aperçu un quouadeur local !

florens pierre a dit…

je suis désoler de vous annoncer que vous n'étiez pas les premier a faire cette aventure ! Mon père l'a fait avant vous en 1999 ( http//www.multimania.com/florens )