La naissance du projet Skating the Karakorum Highway

Tout a commencé un soir d’août 2006. Je dînais sur la terrasse d’un restaurant avec mon père, mon frère, et un ami. La nuit tombait sur les hauts sommets de l’Himalaya indien. Nous étions à Leh (3 500 m d’altitude), au Ladakh, dans le Cachemire indien. J’étais encore ému et fatigué par les efforts consentis la veille pour venir à bout de l’ascension du col du Kardung La en VTT (5 500 m), réalisée avec des conditions météo particulièrement exigeantes. Je n’avais jamais vécu d’expérience sportive aussi dure, aussi marquante, hormis peut-être en juin 2005 quand j’ai parcouru à roller une distance de 422 km en 24 heures (24 heures du Mans Solo). Au fur et à mesure de la conversation, nous nous sommes mis à parler de ce qu’il y avait au delà du Kardung La et du Cachemire indien : le Cachemire pakistanais.

C’est à cette occasion que j’ai entendu parler pour la première fois de la Karakorum Highway. Mon père l’avait parcourue en voiture en 1997. Il s’agit d’une des routes de la soie, un grand axe de communication entre la Chine et le Pakistan. Il a évoqué une grande route goudronnée surplombée par des 7 000 m, et un col à plus de 4 700 m, le Khunjerab. Pakistan, hautes montagnes, col à plus de 4 700 m… et route goudronnée ! Serait-il donc possible de faire du roller en Himalaya ? Au Pakistan ? Il faudra étudier sérieusement la question pour ne pas passer à côté de cette opportunité si jamais elle s’avère envisageable.

Après avoir passé une bonne vingtaine de jours dans l’Himalaya, j’ai pris l’habitude de me laisser aller à rêver de ces paysages grandioses qui sont restés gravés dans ma mémoire. Surtout pendant l’automne et le début de l’hiver à Cergy. Tous les jours, j’ai imaginé mon prochain voyage là bas. J’ai repensé à cette fameuse « Kakahache » et je me suis mis à rêver d’un raid autonome à roller dans l’Himalaya. J’ai aussi appris que malgré la tradition selon laquelle il n’y a pas de vacances après la première année d’étude à l’ESSEC, certains étudiants parviennent à obtenir plus d’un mois de vacances. Pour cela, il faut faire un stage de cinq mois et non de six, ce qui est possible à condition de trouver un tel stage et de faire valider comme un mois d’expérience professionnelle son « PIE », Projet Interdisciplinaire d’Entreprise. C’est un travail de groupe mené pendant la moitié de l’année sur une problématique d’entreprise.

Je me suis dit qu’il y avait deux raisons expliquant qu’aucun patineur n’ait déjà tenté une telle expérience. D’une part, le raid autonome à roller est une discipline qui doit compter au plus une centaine d’adeptes dans le monde. D’autre part, jusqu’à la récente invention du skatedrive, il était impossible d’envisager de grimper et de descendre des cols montagneux en roller quand il faut en plus porter vingt kilos de bagages. Après avoir expérimenté le skatedrive sur les pentes du Mt Ventoux, je l’avais testé lors d’un petit raid autonome en Provence. J’ai pu à cette occasion me rendre compte que grâce à cette invention, un raid en Himalaya devient techniquement possible.

«Le rêve peut-il pour autant devenir réalité ? Autrement dit, la KKH est-elle praticable en roller ? Peut-on aller sans danger au Pakistan ? Les autorités chinoises et pakistanaises nous laisseront-elles patiner sur les routes ? Qu’en est-il de la circulation ? Validerai-je mon PIE ? Trouverai-je un stage commençant début août ? Pourrai-je financer un tel voyage ? Pourrai-je réserver des billets d’avion en janvier ou février malgré toutes ces inconnues ? Trouverai-je un ou deux complices pour m’accompagner ? » Une part de moi pensait que cette utopie aboutirait tôt ou tard sur une déception plus ou moins coûteuse. Mais une autre part de moi disait qu’il ne faudrait renoncer à ce rêve qu’après avoir vraiment tout tenté pour le voir devenir réalité. J’ai eu assez rapidement l’intuition que j’avais assez de réponses pour agir comme si j’avais déjà des solutions à tous les problèmes soulevés par un projet aussi fou.



Malgré le manque d’avancement du projet, j’ai commencé à chercher d’éventuels compagnons. J’ai très vite pensé à Thomas, un ami patineur avec qui j’ai fait plusieurs longues randonnées en île de France et en Provence. Il m’a fait confiance et s’est dit partant. Peu avant Noël, j’ai fait la connaissance de Thibaud, à l’ESSEC. Il m’a parlé de sa passion pour le vélo et de son Paris-Berlin en cinq jours. Je lui ai parlé de la Karakorum Highway, et j’ai senti qu’il comprenait mon rêve. Or depuis le début, je pensais qu’il serait bon d’être au moins trois, et que la présence d’un cycliste était un avantage. Le jour de Noël, je lui ai fait part de mon souhait de le voir se joindre à nous. C’est aussi à Noël que j’ai reçu le guide Lonely Planet sur la Karakorum Highway. Le compte à rebours était enfin lancé.



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