A la découverte de l’Iran en roller

A l'assaut d'un col au pied du Mt Damavand

Pourquoi l’Iran ?

L’idée m’est venue vers le mois d’avril de cette année. J’avais dû renoncer à un premier projet de voyage en roller, car il s’agissait d’un défi trop dangereux à envisager en été. De plus, ce défi ne pourrait s’envisager sérieusement qu’après avoir expérimenté une première fois les difficultés d’un raid à roller-skatedrive dans un désert. Or l’Iran est un pays à 80% désertique, et offre de nombreuses possibilités de tenter l’expérience sans s’éloigner trop des villes, et tout en restant à plus de 1 000 m d’altitude. Aux déserts iraniens s’ajoutent des massifs montagneux parcourus par des routes très bien bitumées.

Par ailleurs, ne pouvant ni ne voulant partir de longs mois pour faire «la Route de la Soie en roller », j’ai trouvé alléchante l’idée de découvrir en roller les pays de la route de la soie au fur et à mesure de voyages successifs : l’ouest de la Chine et le Pakistan sur la route du Karakorum en 2007, l’Iran en 2009… Qui plus est, l’Iran était à mes yeux l’une des étapes des plus aventureuses du périple.

J’avais été également très touché par l’hospitalité des Pakistanais qui avait donné au voyage une dimension culturelle toute particulière. Or je savais l’Iran encore plus réputé pour l’hospitalité de ses habitants. Enfin, ce pays offrait la possibilité de découvrir des mosquées parmi les plus grandioses du monde et des sites antiques de la civilisation perse.

En somme, je suis parti rechercher en Iran une aventure à roller sur des routes de montagne et des routes de désert. Je suis parti pour retrouver l’ambiance des Routes de la Soie, au gré des rencontres avec les Iraniens actuels et les riches vestiges de leur passé.


L’arrivée en Iran et mes premières impressions

Il me faut d’abord rappeler que j’ai relativement peu préparé ce voyage. N’ayant quasiment aucune information sur l’état du trafic et du revêtement de telle ou telle route, il n’était pas possible de créer un parcours de raid à roller comme cela peut se faire en France ou sur les grands itinéraires cyclotouristiques. J’ai bien étudié le génialissime Lonely Planet pour me faire une idée du pays et de ses régions. Je suis parti avec pour projet de patiner dans les Monts Alborz au nord de Téhéran, dans la vallée d’Alamut, dans les Monts Zagros entre Esfahan et Shiraz, et enfin dans un désert de l’Est où cela me paraîtra propice.

Le récit suivant est constitué de la juxtaposition des mails que j’ai envoyés pendant mon voyage. J’ai apporté quelques précisions ou corrections a posteriori, avant ou après les mails, ou bien entre crochets dans le texte.

Arrivé à Téhéran le mardi 23 juin, ma priorité est donc de trouver une carte en alphabet occidental renseignant sur les distances et l’importance du trafic des routes. Je dois aussi décider immédiatement de la suite du voyage pour ne pas m’attarder dans une ville dont le centre est « agité » par les répressions des manifestions faisant suite aux résultats électoraux.

Le Mt Damavand, en route vers le Camp 2

Mail du 23 juin

Sujet: Nouvelles de Téhéran

Date: Tue, 23 Jun 2009 13:39:01 +0200

Hello,

Je suis bien arrivé un peu avant l'aube à Téhéran, à 4h30 ce matin. J'étais un des deux seuls étrangers dans l'avion. Le transfert à l'hôtel s'est bien passé. [Je ne sais pourtant pas si j’ai payé le chauffeur de taxi un juste prix dans la mesure où les repères donnés par le Lonely sont faussés par l’inflation à deux chiffres qui frappe le pays. Comprendre les prix est la préoccupation de tous les voyageurs pendant au moins une semaine.]

Je pensais avoir compris à Islamabad le sens des mots « chaos » et « anarchie » appliqués à la circulation automobile. Mais c'est aujourd'hui que je comprends vraiment. Il n'y a aucun code de la route. Le chauffeur lâche son volant en permanence, passe au rouge en ville à 95 km/h, donne un coup de frein brutal en faisant crisser les pneus pour éviter un piéton. Et il a le toupet de me demander si je trouve qu’il est un bon conducteur! Ici, c'est le plus lent qui se décale à droite pour laisser passer le plus rapide. Traverser une rue revient à passer en force en faisant signe aux voitures de freiner. En cas de refus, il faut attendre au milieu des files de voitures qu'un léger trou se fasse. Je traverse avec les locaux pour apprendre les bons réflexes.

J'ai enfin eu accès à une chambre d'hôtel (décente) à 7h30 (5h30 dans ma tête), soit plus de 24 heures après avoir quitté mon lit à Paris. Ayant dormi 2h dans l'avion, je n'étais pas trop fatigué. Après une bonne douche, j'ai quand même dormi jusqu'à midi pour ne pas prendre le risque d’avoir une crise d’épilepsie. [Je suis en effet traité pour une épilepsie myoclonique juvénile ; et limiter ce risque sera une contrainte tout au long du voyage, d’autant que je suis seul.]

Je reviens d'une petite marche dans Téhéran pour m'acheter une carte détaillée et déjeuner. Je regardais furtivement à chaque angle s'il n’y avait pas de manifs, mais rien. Tout semble normal bien que je ne sois pas allé sur les grands axes où ont eu lieu les problèmes. Je suis tombé sur l'ambassade de France où j'ai demandé conseil. Ils m'ont fait remplir un formulaire pour déclarer ma présence et mon itinéraire. J'ai aussi leur numéro si je n'arrive pas à avoir des infos fraîches. Les manifs ont lieu au centre en fin de journée, m'a t-on dit. Seul indice, j'ai croisé au détour d'une rue un convoi de 5 camions de gardes mobiles armés jusqu’aux dents.

Je rentre donc vers mon hôtel au sud du centre pour ne plus le quitter de la journée. Tout est calme, il n'y a pas à s’inquiéter. Je pars demain pour Qazvin, ville proche de la vallée d’Alamut, où j'espère que l’air sera respirable contrairement à l’asphyxie dont on souffre ici.

A bientôt,

Thibaut

J'ajoute que le trafic m’a semblé si catastrophique que je me suis rendu compte qu’il ne me serait possible de patiner que très loin des villes. Il faudra faire en sorte de n’avoir jamais à traverser de zone urbaine à supposer que cela soit possible. Cette prise de conscience justifie de renoncer à une randonnée dans les routes des Monts Alborz, trop proches de Téhéran pour commencer par la vallée reculée d’Alamut.

1 commentaires:

Daniel a dit…

Mon ami Youb m'a donné ton adresse de blog, alors je le visite et déjà le trouve palpitant