Roller dans la vallée reculée d’Alamut et premières rencontres


Cinq jours après mon arrivée, je suis à nouveau dans une grande ville, Esfahan, d’où je peux donner des nouvelles par mail (Facebook est interdit en Iran).

Mail du 28 juin

Sujet: Nouvelles d'Esfahan

Date: Sun, 28 Jun 2009 08:46:04 +0200


Imam Square, Esfahan

Bonjour à tous,

Je vous écris d'Esfahan pour vous donner quelques nouvelles.

J’ai passé deux jours dans la vallée reculée d'Alamut. Les paysages de montagne y étaient magnifiques, le climat agréable, et les gens très accueillants. Bensham, jeune militaire de Téhéran revenait chez ses parents qui vivent dans un petit village d'Alamut non mentionné par ma carte. Nous étions dans le même savari (taxi collectif) pris à Qazvin. A la première pause voulue par le chauffeur, il est sorti acheter des jus de fruits pour sa belle-sœur et ses neveux qui étaient du voyage. Il en a pris un pour moi, je n'en revenais pas. Nous avons parlé un peu au long du voyage malgré mon absence de connaissance du farsi et son faible niveau d'anglais. Il m'a dit a la fin du voyage que cela lui ferait très plaisir de m'inviter chez ses parents pour la nuit.

Après un goûter en compagnie de sa famille (galette de blé avec de la confiture de cerises et du yaourt acide produit avec le lait des chèvres de la famille), il m'a emmené visiter les ruines du Château des Assassins. Il s’agit d’un chantier de fouilles au milieu duquel on peut se promener librement. La petite grimpette pour monter sur le promontoire rocheux de ce château du 11e siècle m’a fait cruellement ressentir l'altitude de plus de 2000 m. Après être allé cueillir 1 kg de cerises, nous avons dîné, assis sur le tapis de la maison dépourvue de tout mobilier. Au menu, la galette de base, un peu de poulet en ragoût, et beaucoup de riz provenant de la rizière exploitée par la famille. Et oui, il y a des rizières en Iran ! A noter aussi que comme tous les habitants de la vallée, mes hôtes sont des fervents supporters d'Armadhinejad. Par ailleurs, je remarque que la religion a moins d'emprise sur leur vie qu'au Pakistan : pas de ségrégation spatiale dans la maison, moindre rigueur vestimentaire, pas d'appel à la prière ni de prière visible.

Le lendemain, je suis parti découvrir la vallée en roller en laissant mes bagages chez Bensham. J'ai fait 67 km et bien 1000 m de positif pour arriver à un lac de montagne. La route était de qualité honnête, et le trafic peu important. Les gens étaient ravis de me voir en roller et voulaient tous que je m'accroche à leur moto / voiture dans les montées.

Alamaut Valley

[Le lac n’était guère spectaculaire d’un point de vue d’occidental, mais les Iraniens plus habitués aux déserts ont un rapport très particulier à l’eau qui confère aux rivières, sources et lacs le statut de petit coin de paradis où il fait bon passer son temps libre. Contrairement au patineur que je suis, ils adorent la pluie qui est très rare dans la majeure partie de l’Iran]

Après un copieux déjeuner chez mes hôtes, j'ai repris la route en voiture pour le grand village d'où je pensais reprendre un savari pour Qazvin. Mais un certain Ali a tenu à m'inviter pour le thé. Il m'a convaincu que je ferais mieux de passer la nuit chez lui et de prendre le savari le lendemain. J'ai accepté, et son hospitalité s'est montrée sans limite. Nous avons enchaîné plusieurs repas avec sa grande famille, puis à nouveau au domicile de ses parents, puis avec ses amis. Il m'a ensuite montré un manuel de culture française en farsi (Ali est instituteur). On y voyait des illustrations de Causette, un portrait de Victor Hugo, des biographies de tous les maréchaux de Napoléon etc...

La contrepartie de cette hospitalité, c'est qu'il faut s'ouvrir complètement à la curiosité de son hôte, répondre sans cesse aux mêmes questions, et enchaîner des repas très copieux. Même après une grosse journée de roller et 3 invitations au thé où ont déjà été posées les mêmes questions. Je n'arrivais pas à la moitié de mon assiette qu’Ali me servait à nouveau. Ce dernier m’a ensuite fait chauffer de l'eau pour que je puisse prendre une douche chaude. A minuit, j'ai enfin pu me coucher.

Chez mon hôte Ali

Le lendemain, après un petit déjeuner gargantuesque à base de galettes, de confitures, de lait de chèvre trait à l'instant par sa femme, de fromage, de thé, et de nougat, Ali m'a donné pour la 4e fois ses coordonnées. Il m'a rempli mon sac de fruits pour le voyage et a insisté pour me payer le savari jusqu’à Qazvin ! Il m'avait dit la veille avoir déjà reçu une fois des étrangers. Ceux-ci avaient voulu lui donner de l'argent en remerciement, il m'a dit avoir refusé et ne pas avoir compris pourquoi payer quand on est l'invité. Je n'ai donc pas glissé un billet sur la mini-peinture de paris que je lui ai offert (je l'avais fait pour Benhsam, il s'était senti gêné et avait finalement laissé le billet scotché à la carte avant de la poser sur le seul meuble de la maison).

Je suis arrivé à Esfahan avant-hier soir après 7 heures de bus à travers un désert aride et rocheux. J'ai pu vérifier l'observation de mon excellent compagnon le Lonely Planet : sur une grande route rectiligne à travers le désert, il y a un bus, trois camions, deux voitures. Et bien, ces derniers trouvent le moyen de rouler pare-choc contre pare-choc en se klaxonnant sans cesse. J'en viens à penser qu'ils recherchent l'aspiration du véhicule de devant. Ayant du sommeil à rattraper, j'ai pris une chambre d’hôtel individuelle à 10 euros, ce qui est plutôt cher.

Par un grand hasard, je me suis retrouvé dans la rue des magasins de sport. [En Iran comme dans de nombreux pays et comme quelque fois en France, il est courant que chaque rue commerçante soit spécialisée dans un type donné de produits. Est-ce que cela favorise une concurrence bénéfique au consommateur ? Ou est-ce ainsi plus facile de limiter la concurrence en s’entendant sur les prix ?] A ma grande surprise, pas moins de 20 magasins vendent des rollers de marque ! L'un d'eux m'a indiqué une piste de roller. Hier matin, j'ai patiné une quinzaine de kilomètres dans Esfahan, en passant en roller sur ses ponts mythiques et sur la place Imam, la 2e plus grande place du monde après Tiananmen.

J'ai aussi sympathisé avec des cyclotouristes hollandais reliant Amsterdam à Bangkok. Des japonais arrivaient quant à eux de la vallée de Hunza, au Pakistan, où j'étais en 2007. Ils ont passé la frontière facilement, et j'avoue que j'aimerais énormément la franchir pour finir mon voyage là où je l'avais terminé en 2007. Mais rassurez vous, je vais m'en tenir à mon projet iranien !

Je vais peut-être aller visiter des églises et des cathédrales dans le quartier arménien, à moins que je ne doive partir de bonne heure pour Chelgerd. C'est une station de ski à l'est d'Esfahan d'où je compte démarrer mon périple en roller demain. Je devrais arriver dans 7 ou 8 jours à Shiraz / Persépolis. D'ici là, un seul hôtel, et sûrement aucun accès internet.

Tchuss,

Thibaut

2 commentaires:

Daniel a dit…

encore une fois, très intéressant et combien drôle le fait de répondre sans cesse aux mêmes questions, je connais.

Pierre a dit…

Tout parait si différent, merci pour ce récit précieux